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Ecrit par Yann Leroux le 03-11-2006 (lu 7147 fois)
  
03-11-2006

« Le dessin de l’enfant » sous-titré : De l’approche génétique à l’interprétation clinique propose un tour d’horizon d’un des aspects essentiel du travail du psychologue avec les enfants. 18 auteurs [1] ont participé à la construction de ce livre qui se donne en trois grands chapitres : Le dessin de l’enfant : Elaboration et développement ; Le dessin de l’enfant : trace psychique et affectivité et Le dessin de l’enfant :  Médiateur et acteur de l’évolution psychique .

Le livre se donne en trois grands chapitres : Le dessin de l’enfant : Elaboration et développement ; Le dessin de l’enfant : trace psychique et affectivité et Le dessin de l’enfant : Médiateur et acteur de l’évolution psychique. Dix-huit auteurs ont participé à la réussite d’un pari difficile : donner, à propos du dessin de l’enfant un point de vue (re)donne les grandes connaissances que l’on en a et faire une place aux nouveautés..

Que ce soit sous le regard d’Héroard ou de Winnicott, l’enfant règne du regard et de la main sur sa création dans un mélange de sérieux et de légèreté. Dessiner est un processus complexe dont les ingrédients croisent la motricité, la perception et l’idéation (A. CAMBIER). La lente maturation de l’enfant permet à la fois une intégration dans le dessin des nouvelles acquisitions, mais aussi un accordage de plus en plus fin entre des différents constituants. Le dessin s’éloigne de plus en plus de sa source polysensorielle, il se rapproche d’une image visuelle et la distance mise entre ce que l’on souhaiterait et ce qui est réalisé témoigne de la mise en place de la barrière en l’inconscient et le conscient 

Mais le dessin d’enfant a-t-il un style ? Les productions des enfants sont elles marquées par leur culture d’origine ? C’est la question de Jean Van Den BOSSCHE qui rapporte une étude minutieuse dans laquelle des dessins d’enfants des cinq continents sont analysés

Philipe WALLON donne un grand article classique qui fait le point sur le développement du dessin de l’enfant de deux ans à l’entrée à l’école primaire, et un autre, sur l’analyse automatique du tracé qui ouvre de nouvelles perspectives. Il est frappant de constater que malgré l’arrivée de nouveaux dispositifs techniques pour dessiner et enregistrer les dessins, les psychologues en restent encore souvent au traditionnel papier-crayon. Philipe WALLON s’est servi d’un ordinateur pour enregistrer l’acte graphique et l’analyser automatiquement. Il peut ainsi analyser finement différents éléments comme la dynamique de l’exécution dessin du bonhomme et identifier des critères qui pourraient aider au diagnostic comme  l’absence de blanc, les stéréotypies, la primitivité du dessin et son impulsivité 

Parmi les articles qui amènent des perspectives originales, citons la grille d’analyse que propose Georges COGNET dans « Enfant, voleur d’étincelles ! Le dessin, espace intersubjectif entre l’enfant et le psychologue » et celui de Catherine WEISMANN « Le dessin… au pied de la lettre ». Georges COGNET propose à partir de la grille d’analyse du TAT de Vica SHENTOUB une grille d’analyse pour le dessin. Elle permet de prendre en compte sous 6 grands points des processus qui rendent compte de la construction du dessin en tant qu’il est organisé autour de certains procédés qui rendent comptent de la construction de l’enfant. G. COGNET y insiste : la fiche de dépouillement est « une proposition d’aide à l’interprétation qu’il s’agit de reprendre, d’approfondir et d’expérimenter afin d’un déterminer la validité ». Partant de la constations banale que les enfants préfèrent certaines lettres à d’autres, Catherine WEISMANN a construit une méthode d’exploration qu’elle appelle « les mots déguisés » Le titre de l’article condense superbement ce dont il s’agit : certains enfants n’entrent pas dans l’apprentissage de la lecture, ils sont au pied de la lettre comme on est au pied du mur, et n’arrivent pas a faire le saut de la symbolisation par la figuration à l’abstraction que représente la lettre. Celle-ci, de par ses particularités (verticalité, rondeur, petite queue etc.) ramène au préconscient des fantasmes qui encombrent l’appareil cognitif

Il faut citer aussi les deux articles de  Geneviève HAAG et de Serge TISSERON qui se répondent l’un l’autre. Tous deux retracent l’évolution du dessin d’enfant, des premières traces aux mises en scènes que l’on voit apparaître vers la septième année. Pour G. HAAG, l’enfant parcourt un chemin qui le mène des premiers fonds rythmiques au décollement du double feuillet qui conduit à des représentations « entre ciel et terre ». G. HAAG suit le développement des traces de l’enfant : balayages, pointillés, spirales, axes verticaux et horizontaux en les liant au processus individuation-séparation. S. TISSERON condense ce qu’il avait développé dans Psychanalyse de l’image : il décrit la lente évolution des tracés primaires (tracés d’abduction et de contact) aux tracés secondaires (formes circulaires, balayages et ce qu’il appelle les « motifs inclus ») comme autant signes qui  du « dessein du dessin »: le fantasme dépressif. S. TISSERON entend par là le fantasme selon lequel « l’autre (aussi) souffre de (mon) absence » et qui soutient l’enfant dans son travail de séparation-individuation. C’est là brutalement résumer la pensée de ces deux auteurs : il faudrait pour l’un détailler les interprétations qu’elles donne des balayages, des pointillés et des spirales, ou encore la mise en place des axes verticaux et horizontaux, et leur croisement dans une image du corps sécure et pour l’autre dire les différents formes de symbolisation qu’il distingue : sensori-motrice, imagée et représentative verbales ou encore rappeler l’importance qu’il donne aux schèmes de d’enveloppe et de transformation. Mais la place manque, et on se contentera de renvoyer au livre qui, rappelons le vaut le détour à la fois pour ce qu’il permet de se (re)mettre en mémoire et pour les perspectives qu’il ouvre.

Jocelyne RAFFIER-MALOSTO et al. Le dessin de l'enfant. De l’approche génétique à l’interprétation clinique. Pensée Sauvage



[1] Nommons les : A. ANZIEU, J.-P. AUBLE, A. CAMBIER, G. COGNET, J. DORON, M.-D. FRESARD-DOISE, G. HAAG, B. JUMEL, J. LE MEN, J. LEVINE, J. MARET-COGEVAL, R. PERRON-BORELLI, S. TISSERTON, J ; VAN DEN BOSSCHE, F. VUAGNAT, P. WALLON, C. WEISMANN ;

Dernière mise à jour : ( 03-11-2006 )
 
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