Accueil arrow Articles arrow Livre arrow "Le cercan". Jeanne Hyvrard
27 déc
"Le cercan". Jeanne Hyvrard Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ajouter à:
Delicious
blogmarks
Blog Memes
Fuzz
Niouze
YahooMyWeb
Technorati
Appréciation des utilisateurs: / 0
FaibleMeilleur 
Ecrit par Paul le 27-12-2003 (lu 1763 fois)
  
27-12-2003
Livre de Jeanne Hyvrard, paru en 1987, éditions "Des femmes", collection "Essai".

Le cercan, c'est une façon pour l'auteur de désigner, de nommer l'innomable, en détournant la langue. Ni psychologue, ni sociologue, mais écrivain, et ex "cancérante", autre néologisme heureux. D'ailleurs, un glossaire est proposé à la fin.

Au delà de son histoire personnelle, il s'agit aussi d'une restitution de témoignages issus d'une réunion entre malades du cancer, pour essayer de dire l'indicible de la douleur, qui ne se réduit jamais complètement à la douleur corporelle.

Il s'agit surtout de la parole même de ceux qui sont passé par là, parole non récupérée par un savoir, médical ou psychologique, mais parole brute, et fine à la fois, de cette finesse qu'on ne veut pas voir, parce qu'insidieuse comme la mort.

Le cancer est aussi affaire de langage, apprend on ici : la preuve, allez dire à quelqu'un que vous l'avez, et vous comprendrez. Nommer la chose n'est jamais sans effets, y compris sur celui qui prononce le mot. Pire : de quoi va-t-on parler après ça ? reprendre l'éternelle discussion sur la pluie, le beau temps, etc..? Impossible.

L'auteur parvient à méler démarche d'investigation et témoignage personnel, émouvant lorsqu'elle reproduit un entretien avec sa mère, témoignant, comme tout au long de l'ouvrage, d'une forme d'impasse.

Depuis 15 ans, l'approche du malade a changé, mais pas tant que ça, finalement. Les mots employés sont forts, allant jusqu'à la comparaison avec le ghetto et les camps de la mort. Le cancérant est un bouc émissaire, que le bien-portant charge de représenter la mort, le soulageant d'avoir à la considérer pour lui-même. Comment ne pas souscrire à cela, dans une société rivée sur l'idée de progrès, de développement, où il convient de faire face au cancer en ayant un esprit "positif" (ça soulage tellement l'entourage), un esprit "combatif" (ça facilite le boulot des soignants). L'inverse, parfois, est aussi un peu trop attendu, le côté "effondré", qui se voit, surtout. Pas de place entre les deux, au fond on s'attend à ce que le cancéreux combatte pour ne pas s'effondrer, sans qu'il y ait d'autre possibilité de vivre son cancer.

Ce livre est donc un recueil méthodique de la parole de malade, mais s'appuyant sur l'expérience même de l'auteur, qui sait de quoi elle parle. On parle de plus en plus aujourd'hui de l'éducation du patient, des problèmes de compliance au traitement, etc... en oubliant parfois un peu vite la notion de liberté, de choix, qui ne peut s'envisager que par la parole, celle du médecin, et celle du malade. Mais la parole elle-même, au delà de l'information médicale, ne vaut pas grand chose. On pense aussi à Fritz Zorn, dont le livre "Mars"  a déjà donné lieu à pas mal d'analyse, et dans lequel, lorsqu'il parle de ses parents, Zorn dit qu'il a été "éduqué à mort".

 

Outre atlantique, on peut citer aussi un auteur, psychologue cette fois, et ayant traversé l'épreuve du cancer : Athur W Frank, qui mène un ensemble de recherches basées sur une méthodologie qualitative à partir du récit de vie de patients cancéreux, en faisant d'ailleurs une approche thérapeutique spécifique ("The wounded storyteller", 1995).

Paul.

Dernière mise à jour : ( 16-03-2004 )
 
< Précédent   Suivant >
RocketTheme Joomla Templates