| [Livre] Comment l'esprit vient aux objets |
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Ecrit par Yann Leroux le 30-10-2005 (lu 2988 fois)
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| 30-10-2005 | |
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Il s’agit d’un conte de Jean de la
Fontaine, décrivant les aventures d’une jeune fille de 14-15 ans,
manquant dramatiquement du moindre esprit.
Lise n'était qu'un misérable oison.
Coudre & filer était son exercice;
Non pas le sien, mais celui de ses doigts;
Car que l'esprit eût part à cet office,
Ne le croyez pas; il n'était nul emplois
Où Lise pût avoir l'âme occupée
D’ailleurs, Jean de La Fontaine le dit brutalement : « Lise songeait autant que sa poupée ». Il y aurait beaucoup à dire sur ce conte grivois – car bien entendu, il se trouvera un père Bonaventure pour traiter Lise comme une poupée – mais un des angles de compréhension est rendu possible par les réflexions de S. Tisseron sur les objets. Les objets, c’est la thèse qu’il défend, donnent à penser, c'est-à-dire qu’ils sont une aide à la symbolisation. Cette symbolisation est une symbolisation « en corps », en ce sens qu’elle fait participer l’expérience que nous avons du monde, et ce jusque dans ses recoins sensuels ou douloureux, pour les traduire en représentations qui vont à la fois rappeler et témoigner de cette expérience auprès d’un autre. Ainsi, la manipulation obsessionnelle d’un objet, l’élection d’un vêtement préféré, la mise en valeur d’un bibelot, la rénovation de meubles anciens peuvent témoigner aussi bien d’un mouvement d’introjection, de la réactivation de sensations, d’émotions, de fantasmes narcissiques et sexuels ou encore de la mise en dépôt de fragments d’expérience douloureux. C’est ainsi qu’il faut sans doute redresser l’histoire de Jean de Lafontaine : c’est après avoir été « piquée » par le père Bonaventure, traitée comme une poupée, que Lise en est réduite à ne plus pouvoir penser à quoi que ce soit. Et ce n’est plus que du bout des doigts qu’elle se permet d’être vivante, perdue dans une manipulation d’objets qui rappelle le traitement dont elle a été l’objet. A moins que la quenouille ne soit un de ces « objets fatals » que décrit S. Tisseron, c'est-à-dire un objet ayant fait l’objet d’un encryptement qui fonctionnent comme des bombes à retardement si les significations secrètes qui y sont attachées ne sont pas révélées. Se serait alors inscrite quelque catastrophe vécue par la génération précédente et que l’activité de couture aurait eu pour fonction à la fois de symboliser, grâce à l’introjection lente et patiente des gestes de la couture, et de maintenir loin de la pensée dans un clivage actif : ce sont les doigts de Lise qui travaille, nous dit Lafontaine, son âme, elle, est vide. C’est ainsi qu’un objet peut être objet de mémoire ou d’oubli, et parfois même les deux. Qu’il peut être tout entier dans son usage ou support de satisfactions pulsionnelles. Si les objets médiatisent le monde, ils peuvent aussi être un obstacle à cette médiatisation, et finalement, ce qui va faire la différence, ce n’est pas l’objet en soi, mais la relation qui a été tissée avec l’objet. Tisseron en fait la démonstration au niveau social avec les monuments et au niveau individuel avec les vêtements. Cela lui permet de croiser, une fois encore, la figure de Gaétan Gatien de Clérambault, qui passe comme un fantôme. Rappelons, pour ceux qui n’ont pas le roman de la psychanalyse française en tête, que Lacan dédia lui dédia sa thèse de psychiatrie en ces termes: « A Gaétan Gatien de Clérambault, mon seul maître en psychiatrie », que l’analyse que fit D. Anzieu avec Lacan se termina dans de mauvaises conditions à cause d’un non dit à propos de sa mère, et que Anzieu fut l’analyste de S. Tisseron. Le fantôme, c’est très précisément un des éléments de la table d’orientation dont se sert ici Tisseron. Les autres sont les destins possible de l’intériorisation des expériences vécues, c'est-à-dire l’introjection d’un coté, et l’inclusion psychique de l’autre et enfin notre tendance à traiter les objets comme des prolongements de notre propre corps. La référence théorique utilisée de la topique à inclusion, et elle plonge ses racines dans Imre Hermann. Cependant, le Moi-peau de D. Anzieu qui est si cher à S. Tisseron n’est pas oublié pour autant. Même s’il n’est pas donné comme référence explicite, les nombreux rappels à la dualité de l’objet, au monde interne et au monde externe, au flou qui recouvre parfois ces frontières donne clairement à entendre qu’il fonctionne comme une référence implicite.
TISSERON,
Serge, Comment l’esprit vient aux objets, Editions Aubier, 1999 |
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| Dernière mise à jour : ( 21-10-2006 ) |
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