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La « santé totalitaire », des mêmes auteurs, dénonçait et analysait le totalitarisme de la religion sanitaire propre à notre culture, et dressait le portrait d'un homme calculateur, en arrière de lui-même, gérant son capital existentiel comme on gère son compte en banque.
Dans ce livre, un pas de plus est franchi, à travers la jonction opérée entre le système politique néo-libéral et le champs des neurosciences, entre l'économie et la science. Dans un tel système, l'homme du calcul propre au capitalisme tend à devenir l'homme calculé du néolibéralisme, étendant la « main invisible » du marché économique au « marché » neuronal propre à l'individu lui-même. Le « calculateur » n'est plus à entendre désormais comme ce qui désigne le cynique ou le pervers n'engageant rien de lui-même pour mieux engager l'autre dans ses arrangements à la petite semaine, mais bien comme cet élément technique nécessaire au bon fonctionnement d'un ordinateur. Le mot « calcul » vient d'ailleurs de « calculus », signifiant « caillou », en l'occurrence le caillou de la table à calculer. Tout est là. Calculer revient donc d'abord à manipuler des caillou, et plus précisément à réduire ce que l'on veut calculer à un caillou, à une chose, pour pouvoir la rendre strictement équivalente à une autre, et la compter parmi d'autres.
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